17.11.2009

Césaria Evora

cesaria-evora23-b.jpg"Là haut dans le ciel tu es une étoile
Qui ne brille pas
Ici dans la mer tu es du sable
Qui ne mouille pas
Eparpillée de par le monde
Roche et mer

Terre pauvre remplie d'amour
Avec la morna et la coladera
Terre douce pleine d'amour
Avec le batuque et le funana

Tant de nostalgie
Sodade Sodade
Nostalgie sans fin

Petit pays, je t'aime beaucoup..."


04.11.2009

Claude Lévi-Strauss

Levi-strauss-by-pablo-secca_creative commons.png" Je ne peux pas dire que je me sens particulièrement à mon aise dans le siècle où le hasard m'a fait naître et que la manière dont il évolue ne me donne à penser que, sinon moi-même, mais mes descendants s'y sentiront davantage à leur aise que moi. (...) J'ai le sentiment d'un monde qui tend à devenir surpeuplé,là même où il ne l'est pas encore ailleurs, parce que la densité même de la population se trouve démultipliée par l'accélération des moyens physiques de communication et des moyens intellectuels de communication. Enfin, nous avons tendance à devenir de plus en plus des consommateurs, et des consommateurs boulimiques, des richesses concrètes de l'univers et que nous détruisons en les consommant, ou des richesses intellectuelles que nous absorbons avec une intensité, une rapidité beaucoup plus grandes que nous ne parvenons à les renouveler.

"Enfin il nous faut toujours un musée imaginaire, et le fait que l'expression soit née de notre temps est significatif; qu'il nous faille à chaque seconde avoir à notre disposition tout le capital intellectuel que l'humanité s'est trouvée avoir produit dans toute son étendue depuis son origine, et que cela nous suffise à peine pour nos besoins, me semble inquiétant pour un avenir qui, enfin, dans la perspective où je me place, exigerait bien davantage cet équilibre entre, disons, la communication et la non-communication, qui a été le caractère des grandes époques créatrices.

"Nous nous posons constamment le problème d'établir de meilleures communications entre les hommes. Peut-être aussi une certaine surdité est-elle féconde du point de vue de la création véritable... Les grandes époques ont été celles où les îmes communiquaient suffisamment pour pouvoir se féconder réciproquement et où, en même temps, la communication se trouvait freinée et ralentie de manière assez substantielle pour qu'ils puissent tirer pleinement profit des avantages de la communication proprement dite. Enfin, disons, un monde où des Descartes, des Leibniz pouvaient communiquer entre eux, bien sûr, mais où les lettres mettaient plusieurs semaines à parvenir, était un monde peut-être mieux équilibré que celui où nous vivons aujoud'hui."

source: extrait d'un entretien avec Jean-José Marchand, journaliste à l'ORTF, en 1972.

Claude Lévi-Strauss (1908-2009).

Anthropologue, ethnologue français. Il a exercé une influence décisive sur les sciences humaines dans le seconde moitié du XXème siècle en étant notamment l'une des figures fondatrices de la pensée structuraliste.

photo:Levi-strauss-by-pablo-secca.png

 

 

30.10.2009

Théodore Monod

monod1.jpg"la vie n'est pas la joie. C'est la tension de l'effort continu; c'est le labeur physique et le surmenage intellectuel ; c'est l'austère accomplissement du devoir ".

Théodore Monod (1902-2000).

Naturaliste, explorateur, érudit, et humaniste français. Il est le grand spécialiste français des déserts; "l'un des plus grands spécialistes du sahara au XXème siècle".

29.10.2009

Rumi

Image 2.pngJe ne suis ni de l'Est, ni de l'Ouest, ni de la mer, ni de la terre,

je ne suis ni matériel, ni éthéré, ni composé d'éléments.

Je n'existe pas, je ne suis une part ni de ce monde, ni d'un autre, je ne descends ni d'Adam ni d'Eve, ni d'aucune origine.

Ma place n'a pas de place, une trace de ce qui n'a pas de trace, ni corps, ni âme.

J'appartiens au Bien-Aimé, j'ai vu les deux mondes réunis en un seul le premier, le dernier, celui du dehors celui du dedans, simples comme le souffle d'un homme qui respire.

Rumi, Mathnawi, livre premier.

 

 

Jalal Ud Din dit "Rumi" (1207-1273). Né à Samarcande, il fonde à Konya (Anatolie) l'ordre des derviches tourneurs. Poète incomparable, Rumi chante sans cesse la douleur de la séparation et la joie de l'union. "Oui, dit-il, les assoifés cherchent l'eau. Mais l'eau cherche aussi les assoifés". A ses yeux, toute la nature est le miroir de Dieu.

16.09.2009

Arne Naess

Arne-Naess_%C2%A9Morten-Brun_Kagge-Forlag.jpgLes huit points de l’écologie profonde :

 

  1. 1- le bien-être et l’épanouissement des formes de vie humaines et non-humaines de la Terre ont une valeur en eux-mêmes. Ces valeurs sont indépendantes de l’utilité du monde non humain pour les besoins humains.
  2. 2- la richesse et la diversité des formes de vie contribuent à l’accomplissement de ces valeurs et sont également des valeurs en elles-mêmes.
  3. 3- l’homme n’a aucun droit de réduire cette richesse et cette diversité, sauf pour satisfaire des besoins vitaux.
  4. 4- l’épanouissement de la vie et des cultures humaines est compatible avec une décroissance substantielle de la population humaine. Le développement des formes de vie non humaines requiert une telle décroissance.
  5. 5- l’interférence humaine actuelle avec le monde est excessive, et la situation s’aggrave rapidement.
  6. 6- les politiques publiques doivent donc être changées. Ces changements affecteront les structures économiques, technologiques et idéologiques fondamentales. Il en résultera une organisation politique profondément différente de l’organisation politique actuelle.
  7. sur le plan idéologique, le changement tiendra essentiellement dans la qualité à apprécier la qualité de la vie (qui réside dans les situations ayant une valeur en elles-mêmes), plutôt que dans l’adhésion à des niveaux de vie toujours plus élevés. Chacun aura alors profondément conscience de la différence entre quantité et qualité.
  8. Ceux qui souscrivent aux points précédents s’engagent à tenter de mettre en œuvre, directement ou indirectement, les changements nécessaires

photo: copyright morten_brun kagge_forlag

« Naess affirme que nous devenons pleinement nous-mêmes quand nous sommes en empathie avec le monde dans son sens le plus large, quand nous éprouvons de la compassion pour le monde naturel, proche ou lointain, quand nous sommes conscients de cette sensation lorsqu’elle nous touche, et que nous n’en avons pas peur… L’écologie profonde suggère que nous ne devons traiter aucun être vivant ni aucun aspect du monde vivant simplement comme un moyen. Toute vie a une valeur intrinsèque t cette réalité devrait sous-tendre toutes nos actions et toutes nos réalisations. Cela ne signifie pas que la nature doit être livrée à elle-même, mais que nous ne sommes autorisés à la transformer qu’à condition d’être conscients de sa valeur.

Plus nous sommes en empathie avec le monde naturel, plus nous nous améliorons nous-mêmes, aussi bien que nos existences. » extrait de Arne Naess, vers l’écologie profonde.

 

Arne Naess (1912-2009), alpiniste, résistant pendant la seconde guerre mondiale, docteur en philosophie, fondateur de la revue interdisciplinaire Inquiry. Il a fondé l’écologie profonde (deep écology) en 1973.

04.08.2009

Alexis de Tocqueville

Alexis_de_tocqueville.jpg" L'espèce d'oppression dont les peuples démocratiques sont menacées ne ressemblera à rien de ce qui l'a précédée (...). Je veux imaginer sous quels traits nouveaux le despotisme pourrait se produire dans le monde: je vois une foule innombrable d'hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs, dont ils emplissent leur âme.

Chacun d'eux, retiré à l'écart, est comme étranger à la destinée de tous les autres: ses enfants et ses amis particuliers forment pour lui toute l'espèce humaine; quant au demeurant de ses concitoyens, il est à côté d'eux, mais il ne les voit pas; il les touche et ne les sent point; encore une famille, on peut dire au moins qu'il n'a plus e patrie.

Au-dessus de ceux-là, s'élève un pouvoir immense et tutélaire qui se charge seul d'assurer leur jouissance et de veiller sur leur sort. Il est absolu, détaillé, régulier, prévoyant et doux. Il ressemblerait à la puissance paternelle si, comme elle, il avait pour objet de préparer les hommes à l'âge viril; mais il ne cherche, au contraire, qu'à les fixer irrévocablement dans l'enfance; il aime que les citoyens se réjouissent, pourvu qu'ils ne songent qu'à se réjouir".

Alexis de Tocqueville (1805-1859)

Penseur politique et historien français.

Oeuvres choisies

- "de la démocratie en Amérique"

- " travail sur l'Algérie""

- " l'ancien régime et la révolution"

12.07.2009

John Stuart Mill

JohnStuartMill.jpg" A man who has nothing for which he is willing to fight, nothing which is more important than his own personal safety, is a miserable creature and has no chance of being free unless made and kept so by the exertions of better men that himself "

"Si la terre devait perdre la plus grande partie de sa beauté en raison des dommages provoqués par une croissance illimitée de la richesse et de la population ...., alors je souhaite sincérement, pour le bien de la postérité, qu'on se contente de rester là où l'on est dans les conditions actuelles, avant que nous soyons contraints de le faire par nécessité."

John Stuart Mill (1806-1873). Philosophe, économiste britannique. Penseur libéral le plus influent du 19ème sicèle, il était un défenseur de l'utilitarisme.

L'utilitarisme est  une théorie éthique, prescrivant d'agir (ou ne pas agir) de manière à maximiser le bien-être du plus grand nombre des êtres sensibles. Elle est l'idée que la valeur morale d'une action est déterminée uniquement par sa contribution à l'utilité générale.

En économie, il est avec Karl Marx l'un des derniers représentants de l'école classique. Des chercheurs contemporains associent à son nom celui de son épouse Harriet Taylor, qui aurait converti son mari à l'idée d'une valeur de la liberté et inspiré son œuvre sans laisser son nom à l'histoire en raison de sa condition de femme.

07.07.2009

Stephen Batchelor

Stephen_Batchelor.JPG"Le bouddhisme, semble-t-il, est une religion.

N'est-ce pas le cas ?

Quand on lui demandait ce qu'il enseignait, le Bouddha répondait qu'il parlait "de l'angoisse et de la fin de l'angoisse". Interrogé sur des questions métaphysiques (l'origine et la fin de l'univers, l'identité ou la différence entre le corps et l'esprit, son existence ou sa non-existence après la mort), il restait silencieux. Il disait que le dharma était pénétré d'une seule saveur, celle de la liberté. Il n'affirmait rien au sujet de l'unicité ou de la divinité et il n'avait recours à aucun terme que nous traduirions par "Dieu".

Gautama encourageait une vie mue par la recherche d'une voie médiane entre indulgence et mortification. Il se désignait lui-même comme un enseignant sans parti pris et sans doctrine ésotérique réservée à une élite. Avant de mourir, il refusa de nommer un successeur, faisant remarquer que les gens devraient être responsables de leur propre liberté. La pratique du dharma seraitun guide suffisant."

Stephen Batchelor (1953-)

Ecrivain agnostique écossais, ordonné moine tibétain dans la tradition des Gelug, ordonné moine zen dans la tradition coréenne.

Oeuvres choisies

Le bouddhisme libéré des croyances, édition Bayard.

The awakening of the West: the encounter of Buddhism and Western Culture, paperback, Parallax Press.

06.07.2009

Thomas Merton

Thomas Merton 5.jpg« O mon frère, le contemplatif n’est pas celui qui a des visions passionnées de chérubins transportant Dieu sur leur char imaginaire, il est simplement celui qui s’est risqué dans un désert de l’esprit au-delà du langage, au-delà des idées, en ce lieu où Dieu se trouve dans la simplicité de la confiance pure, c’est-à-dire dans l’oubli de notre propre imperfection et de notre misère, afin de ne plus avoir notre esprit rivé sur lui-même, et comme cramponné, comme si penser nous faisait exister.

Dès lors, le message du contemplatif ne sera pas de vous dire d’aller chercher votre joie dans la jungle du langage et des problèmes qui entourent Dieu aujourd’hui. Que vous le compreniez ou non, Dieu vous aime, Il est présent en vous, Il vit en vous. Il demeure en vous, vous appelle, vous sauve et vous offre un entendement et une lumière qui ne ressemblent à rien de ce que vous avez pu trouvé dans les livres ou entendu dans les sermons. Le contemplatif n’a rien à vous dire si ce n’est pour vous assurer, car si vous osez pénétrer votre propre silence et si vous osez avancer sans crainte dans la solitude de votre propre cœur, et si vous courez le risque de partager cette solitude avec l’autre, qui est seul et cherche Dieu en vous, alors vous arriverez jusqu’à la lumière et cette capacité de comprendre, au-delà des mots et des explications, ce qui est trop proche pour qu’on l’explique. Trop proche, car c’est l’union intime, au plus profond de votre cœur, de l’Esprit de Dieu et du centre le plus secret de votre être, en sorte que vous et Lui, vous ne faites plus, en toute vérité, qu’un seul Esprit. »

Thomas Merton (1915- 1968)

Moine trappiste, écrivain, poète. Il a écrit de nombreux livres de spiritualité, des poèmes, et aussi des essais, notamment sur le problème de la guerre et sur le racisme. Il fut aussi un grand partisan du dialogue inter-religieux, étant connu pour ses dialogues avec le dalaï-lama, Thich Nhat Hanh et Daisetz Teitaro Suzuki.

Oeuvres choisies

La nuit privée d'étoiles - Points Sagesse

La sagesse du désert - Points Sagesse

Mystique et Zen - La Bibliothèque spirituelle - Albin Michel


05.07.2009

Saint François d'Assise

FrancoisAssise.jpg

«À tous les chefs d’État et détenteurs de pouvoir en ce monde, moi, le frère François d’Assise, votre petit et humble serviteur, je désire Paix et Bien.
Je vous écris ce texte le cœur sur la main et les yeux tournés vers le ciel en vous suppliant.
J’entends, venant de partout, deux clameurs qui montent aux cieux. L’une, c’est le cri de la mère Terre, terriblement dévastée. L’autre, c’est la plainte déchirante de millions et de millions de frères et de sœurs qui ont faim, malades et exclus, les êtres les plus menacés de la création. C’est la clameur de l’injustice écologique et de l’injustice sociale qui implore d’être écoutée dans l’urgence.
Mes frères et sœurs maîtres du pouvoir: au nom de celui qui s’est annoncé comme le « souverain amant de la vie » (Sagesse 11,26), je vous supplie: faisons une alliance globale en faveur de la terre et de la vie.
Nous avons peu de temps et la sagesse nous manque. La roue du réchauffement global tourne et nous ne pouvons pas l’arrêter. Mais nous pouvons diminuer sa vitesse et empêcher ses effets catastrophiques.
Nous ne voulons pas que notre Mère Terre, pour sauver d’autres vies que nous menaçons, soit obligée à nous exclure de son corps et de la communauté des êtres vivants.
Pendant trop de temps, nous nous sommes comportés comme un Satan, en exploitant et dévastant les écosystèmes quand notre vocation était d’être l’Ange Bon, le Responsable et le Gardien de tout ce qui existe et vit.
Pour cette raison, Dames et Seigneurs, je vous conseille fermement de ne pas penser seulement au développement durable de vos régions, je vous conseille de penser à la Planète comme un tout, comme l’unique Maison commune que nous avons pour vivre, pour qu’elle continue à connaître la vitalité et l’intégrité et préserve les conditions de notre existence et celle de toute la communauté qui vit sur cette terre.
La techno-science qui a aidé à détruire peut aussi nous aider à racheter. Et ce sera le salut si elle s’accompagne de sensibilité, de cœur, de compassion et de révérence.
Je vous avertis humblement, mes frères et sœurs, que si vous n’établissez pas cette alliance sacrée d’attention et de fraternité universelle, vous devrez rendre compte devant le tribunal de l’humanité et affronter le jugement du Seigneur de l’histoire.
Nous voulons que notre temps soit rappelé comme un temps de responsabilité collective et d’attention amoureuse pour la Mère Terre et pour toute forme de vie.
Finalement, frères et sœurs, qui modelez notre avenir commun: rappelez-vous que la Terre ne nous appartient pas. Nous lui appartenons et elle nous alimente comme ses fils et  filles bien aimés. Il nous coûte d’accepter qu’après tant de millions d’années sur cette planète splendide, nous devions en être expulsés.
Grâce à l’illumination qui me vient d’En-haut, je pressens que nous ne sommes pas aux portes d’une tragédie au final désastreux. Nous vivons une crise qui  nous cisèlera, nous purifiera et nous rendra meilleurs. La vie est appelée à la vie. Nés de la poussière des étoiles, le Seigneur de l’Univers nous a créés pour briller et chanter la beauté, la majesté et la grandeur de la Création, qui est l’espace de l’Esprit et le temple de la très sainte Trinité, Père, Fils et saint Esprit.
Si vous observez tout ce que Dieu m’a inspiré et que je vous ai communiqué en ces quelques mots, je vous assure que la Terre redeviendra le Jardin d’Éden et nous, ses gardiens et jardiniers attentifs ».

d'après une lettre écrite par François, à la fin de sa vie, réécrite par un anonyme en Octobre 2008...

Giovanni Bernardone, dit " Saint François d'Assise" (1181-1226).

Religieux catholique italien, fondateur de l'ordre des frères mineurs (o.f.m., couramment appelé ordre franciscain) caractérisé par la prière, la pauvreté, l'évangélisation et le respect de la Création. Il est le saint patron des écologistes et des animaux.

Oeuvres remarquables

Le cantique des créatures

Prière à frère Léon

François d'Assise, La Joie parfaite, textes choisis et présentés par Stéphane Barsacq, éditions Points-Sagesse, 2008 (ISBN 978-2757805060).

photo: Image trouvée sur : http://www.cosmovisions.com/Assise.htm
François d'Assise et les oiseaux. Tableau en feutrine, Yvette Arrouy, © 2005, reproduction interdite.