04.08.2009
Alexis de Tocqueville
" L'espèce d'oppression dont les peuples démocratiques sont menacées ne ressemblera à rien de ce qui l'a précédée (...). Je veux imaginer sous quels traits nouveaux le despotisme pourrait se produire dans le monde: je vois une foule innombrable d'hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs, dont ils emplissent leur âme.
Chacun d'eux, retiré à l'écart, est comme étranger à la destinée de tous les autres: ses enfants et ses amis particuliers forment pour lui toute l'espèce humaine; quant au demeurant de ses concitoyens, il est à côté d'eux, mais il ne les voit pas; il les touche et ne les sent point; encore une famille, on peut dire au moins qu'il n'a plus e patrie.
Au-dessus de ceux-là, s'élève un pouvoir immense et tutélaire qui se charge seul d'assurer leur jouissance et de veiller sur leur sort. Il est absolu, détaillé, régulier, prévoyant et doux. Il ressemblerait à la puissance paternelle si, comme elle, il avait pour objet de préparer les hommes à l'âge viril; mais il ne cherche, au contraire, qu'à les fixer irrévocablement dans l'enfance; il aime que les citoyens se réjouissent, pourvu qu'ils ne songent qu'à se réjouir".
Alexis de Tocqueville (1805-1859)
Penseur politique et historien français.
Oeuvres choisies
- "de la démocratie en Amérique"
- " travail sur l'Algérie""
- " l'ancien régime et la révolution"
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25.06.2009
Jacques Ellul
"La télévision joue avec le réel et met entre la vie et nous un écran sur lequel ne s'agitent que des ombres."
"Nous sommes actuellement au stade d'évolution historique d'élimination de tout ce qui n'est pas technique"
Jacques Ellul (1912-1994)
Professeur d'histoire du droit, penseur, historien, théologien protestant et sociologue français. Il fut l'un des principaux penseurs au XXème siècle sur la technique.
Sur un sujet proche, une analyse de Bernard Claverie ici. http://bernard-claverie.blogspot.com/
BIO : Comment la ville nuit-elle à notre cerveau ?
07:08 Publié dans Social | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : technique, télévision, théologie
07.06.2009
Amin Maalouf
"Qu'il n'y ait aucune honte à s'enrichir, j'en conviens. Qu'il n'y ait aucune honte non plus à savourer les fruits de sa prospérité, je le crois aussi; notre époque nous propose tant de belles et bonnes choses, ce serait une insulte à la vie que de refuser d'en jouir. Mais que l'argent soit complétement déconnecté de toute production, de tout effort physique ou intellectuel, de toute activité socialement utile? Que nos places financières se transforment en de gigantesques casinos où le sort de centaine de millions de personnes, riches ou pauvres se décide sur un coup de dés? Que nos institutions financières les plus vénérables finissent par se comporter comme des garnements ivres? Que les économies de toute une vie de labeur puissent être anéanties, ou alors multipliées par trente, en quelques secondes, et selon des procédés ésotériques auxquels les banquiers eux-mêmes ne comprennent plus rien?
C'est là une perturbation grave, dont les implications dépassent de loin l'univers de la finance ou de l'économie. Parce qu'on est en droit de se demander, au vu de ce qui se passe, pourquoi les gens mèneraient encore une vie de travail honnête; pourquoi un jeune voudrait devenir professeur, plutôt que trafiquant; et comment, dans un tel environnement, transmettre les connaissances, transmettre les idéaux, comment maintenir un minimum de tissu social pour que survivent ces choses si essentielles et si fragiles qui ont pour nom liberté, démocratie, bonheur, progrès ou civilisation."
Amin Maalouf (1949-)
Ecrivain francophone d'origine libanaise. Cet extrait est tiré de son dernier essai sur le dérèglement du monde.
photo: dinkley
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